lundi, 04 août 2014

Oxydation temporelle.

Il est des lieux vers lesquels on revient sa vie durant, instinctivement, ou par caprice du destin, comme un pèlerinage.

Il peut s'agir de l'église de son village, pour un quelconque office auquel on ne peut se soustraire, un parc d'attractions, une destination de vacance, un coin perdu de son enfance...

Tout mue, se transforme, se modifie, évolue peut-être...

Les icônes sont rafraîchies, le carrousel indolent adopte la vitesse supérieure quand il ne s'élève pas carrément dans les airs.

Au rythme des enterrements - allons droit au but - et des réjouissances juvéniles, on glisse vers l'immuabilité.

Mais l'immuabilité est un concept ; rapidement balayé par une subite prise de conscience qui finit de ternir les vagues souvenirs heureux que l'on nourrit encore.

C'est ainsi, qu'à l'heure où on croit avoir tout acquis, on s'aperçoit qu'en vérité, on a perdu bien plus que ce que l'on espérait enfin posséder.

C'est la règle : celle du temps qui passe.

Je me déchaîne pour être mieux entravé, malgré moi.

Batterie opérationnelle mais oxydée, tout est encore envisageable. A condition que l'énergie ne fasse défaut.

 

jeudi, 10 juillet 2008

Le présage d'André Charmiere.

André Charmiere est un personnage de fiction pour tiroir perso, que j'ai créé, jeunot, tandis que je taquinais la plume et que j'étais encore capable d'imagination. Forcément à l'époque ma cervelle recélait d'une matière première exploitable à souhait puisque abrupte, inaltérée, ou à peine, gorgée de sang pur, propre à la consommation, émouvante de naïveté. Tout était possible.
L'histoire dans laquelle évoluait le personnage se résumait de la sorte : un quinquagénaire esseulé s'éprend d'un gamin de 17 ans rencontré dans un hôpital.
Le jeune homme se prénommant Joël (notez l'androgynie des prénoms) traverse une crise aiguë de rébellion à l'encontre de ses parents et plus précisément de son père psychiatre complètement désemparé par la situation.
Par la force des choses les deux êtres finissent par se rapprocher et se noue bientôt entre eux un lien puissant et ambigu : alchimie entre l'innocence, la désinvolture, le besoin d'aventure partagé, les désirs inavouables et inavoués et l'aubaine d'une seconde jeunesse...
Les choses se compliquent considérablement, quand Joël en plein exploration de sa sexualité, succombe au charme d'Esméralda, jeune mère, putain à ses heures qui vit sous la férule d'un conjoint douteux, apprenti gangster.
S'engage alors une lutte sans merci où l'orgueil des uns se confronte à l'avidité des autres ; une lutte dont Joël, malgré lui est devenu l'enjeu, peut-être même au péril de sa vie.
Je n'ai jamais terminé l'écriture de cette histoire somme toute abracadabrante.
Comme toujours, et il y va de même dans mon existence, hélas, je me suis lassé des faits et des êtres, sans raison.
Si mes personnages à l'époque avaient tous quelque chose de moi, aujourd'hui c'est peut-être d'André Charmiere dont je suis graduellement le plus proche. Oh, la cinquantaine n'est pas encore derrière ma porte mais il me suffit de traverser la rue, une rue à peine plus longue que deux septennats.
Qui sait si mon récit inachevé n'était pas présage ; je finirai peut-être vieille pédale amère et solitaire reluquant des fesses de trente ans mes cadettes.
j'aurais alors matière à coucher mes mémoires, au travers des amants fantômes, des désirs inassouvis et des plaisirs définitivement inconnus. Mais qui cela intéressera-t'il jamais ?
stock photo : The old book on the table with light.

13:46 Écrit par SOUS X dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : roman, amant, vieillesse, intergeneration