dimanche, 31 août 2014

La trappe.

Le premier appartement où j'ai vécu, sous son apparent confort, recelait de multiples imperfections et vices cachés.

Il avait été agencé sous la charpente d'une vieille salle de fête, entre ses versants pentus.

J'y ai passé près de dix années sous la férule de fuites d'eau, de courants d'air, d'odeurs nauséabondes indéfinissables et de courts circuits... sans jamais en arriver à bout.

Parfois du fond de mon lit, au dessus de ma tête, j'entendais comme des bruits de pas...

On marchait, on claudiquait plutôt dans cette portion de toit qui coiffait le bâtiment, si étroite à en juger par son aspect extérieur, que nul n'aurait pu s'y tenir debout, pas même accroupi.

Je n'ai jamais su de quoi il s'agissait. Si un animal quelconque y avait trouvé refuge, à mon sens, devait-il marcher sur deux pattes. Et auquel cas, si le tintamarre était l’œuvre d'un volatile, ce dernier était probablement chaussé de sabots !

Au niveau du palier, là où l'escalier formait un angle droit, une sorte trappe se découpait au plafond.

trappe,souterrains,souvenirCe n'était qu'un vulgaire panneau de bois, moins rectangle que carré, étroit, négligemment peint dans le même ton crème que le reste de la cage, sans système d'ouverture manifeste.

Il eût, de toutes façons, fallu une échelle pour y accéder.

 

Cet appartement c'est aujourd'hui ma tête.

La soupente investie de bruits étranges ; ma mémoire.

L'instigateur de ces bruits ; un souvenir, un fait, le souvenir de celui-ci, indatable encore, si tant est qu'il soit de mon temps.

Et cette trappe semblant infranchissable ; un passage gardé par un cerbère inhérent ou d'ailleurs.

 

Les secrets des êtres ne croupissent pas dans leurs fondations, leurs soubassements, leurs caves ou souterrains illusoires... mais dorment dans leurs combles, dans la pointe même de la pyramide, là où personne ne va - la peur au ventre - là où il est le plus difficile de pénétrer.

Rien ne remonte à la surface, tout y redescend.

Nul besoin de clés, un jour ou l'autre, en proie à la tempête, la partie la plus vulnérable d'un édifice, son sommet, finit par s'effondrer.

 

mardi, 01 avril 2014

Le repêchage séraphique.

A l’instant où l’on m’a rapporté ton énième intrusion chimérique, j’ai compris que le glas avait sonné.

L’acteur burlesque de l’amour gourd et moi fêtions cette fichue Saint-Valentin dans un restaurant italien quand il me conta ce rêve, érotique soit dit en passant : Lui et Moi dans le feu de l’action et Toi qui intervins, un être de lumière, un blondinet rayonnant, quelqu’un dont l’aura transcendait tout le reste ; tu voulais t’occuper de lui mais je ne voulais pas, alors tu t’es occupé de moi pendant que je m’occupais de lui…

Mon interlocuteur, sa narration durant, feignait encore l’amour dans sa célébration inhérente à l’occasion, mais moi, moi je fondais de soulagement, car le message était clair : Tu me sauvais en reprenant tes droits.

D’une brillante volte-face, l’erreur dans laquelle je m’enlisais, tu as su la corriger pour m’en extraire dignement.

Merci, mais… en apprendrai-je plus un jour ?

 

Je te laisse carte blanche quoi qu’il en soit, pour m’éviter de brandir le carton rouge in extremis… sinon quand il est déjà trop tard.

vendredi, 29 octobre 2010

Les enfants du paradis.

http://filiz-the-cat.skynetblogs.be/archive/2010/10/26/le...

Ainsi tu serais tombé sous les coups de tes assaillants !

Ta dépouille rossée à mort, jetée dans un trou au fond de sous-bois ; parce que tu as sauvé une belle de ses bourreaux.

L'acte est héroique, presque chevaleresque.

D'accord... mais qui étais-je alors ?

Quel rôle ai-je joué dans ce scénario éculé ?

Fus-je celui qui a refusé de t'accompagner à cette maudite fête, redoutant le pire inévitable ?

Un témoin impuissant de la scène, un scélérat se délectant de l'atrocité, un complice, ou pire, ton assassin ?

Fus-je un professeur lancé aux trousses de tes poursuivants, mais qui rivalisa de malchance pour éviter l'horreur ?

Ou cet ermite, hantant les lieux, qui au hasard de son errance découvrit ton corps meurtri, sans vie, et lui offrit un décent repos ?

Chacun en sait trop à présent, mais personne ne sait ce que tu attends de nous, Roy ; j'ignore toujours ce que tu attends de moi ?

A moins d'un sacrifice ? 

dimanche, 24 octobre 2010

L'augure par vases communicants.

Alors Roy, on joue de nouveau à cache-cache !

Il vaut mieux s'adresser au Bon-Dieu qu'à ses saints.

Suis-je fermé à ce point, qu'il te faut investir le subconscient d'autres pour me toucher ?

C'est quoi ce jeu de piste ?

Quel message tentes-tu de me transmettre, si tant est qu'il en est un ?

Noir dessein, mise en garde ou tour d'ivoire ?

J'ai passé, voire outrepassé l'âge des amis imaginaires. Et si je perds la tête parfois, je la retrouve aussi prestement.

C'est peut-être là que le bât blesse...

On dit qu'il y a toujours quelque part quelqu'un qui vous attend. Avoue quand même que la chose semble des plus ardues, si ton monde et le mien ne s'ancre pas dans la même réalité.

On te rêve, Roy. Mais tes prestations sont si peu loquaces que le mystère qui t'enrobe, s'épaissit de plus en plus.

Il serait temps de jouer carte sur table : une fois livré au sommeil, je me débride.

skeleton-death.jpg

jeudi, 07 octobre 2010

Le téléscopage céleste.

Est-ce toi Roy qui a sauté du haut de ce clocher ?

Est-ce là que je t'ai chopé ?

Toi qui rentrait par la grande porte dans l'autre monde, moi en errance, en suspension entre ce monde et un autre, la tête dans les nuages, pour ne plus rien voir d'ici bas, toi les yeux  rivés au sol qui t'attendait.

Saurai-je un jour ? Une nuit, qu'importe...

Qu'importe qui tu es, mort en plein vol ou pas, à ta manière ou au bord d'une carlingue.

Ton trépas partage ma vie avortée et tu hantes mon caveau.

Solitude oblige, unis de force.

Deux d'épée.

mardi, 28 septembre 2010

Roy ou les translations du miroir - seconde partie.

Qui es-tu Roy ?

Que me veux-tu ?

Tu es là, me surveilles-tu ? Me protèges-tu ?

Tu m'attends, c'est acquis.

D'où viens-tu ? D'un passé lointain ?

Ou es-tu la réminiscence d'une vie antérieure ?

Qu'as-tu fait ? Qu'ai-je fait ? Qu'avons nous fait ?

Je m'essouffle, tu m'attends, c'est acquis.

Suis-je un acquittement ? Es-tu le mien ?

Nos vies se ressemblent ou se sont ressemblées.

Furent-elles intimement liées ?

Qui es-tu Roy ?

Je ne te vois pas, je ne t'entends pas, pourquoi ?

Dis-moi Roy, dis-moi...

mercredi, 07 mars 2007

Journal. Les translations du miroir.

Il n'est pas très grand.
Il est mince. Pas d'apparence chétive pour autant.
Il a mon âge, peut-être moins.
Sa chevelure taillée en brosse et d'un blond mordoré. Je doute cependant que ce soit sa couleur naturelle.
Il me dit au milieu d'une conversation : je suis...
Je réponds presque fier : moi aussi.
Il s'étonne : oh... dommage, si j'avais su je t'aurais dragué.
Et moi de rétorquer : il n'est pas trop tard.

vendredi, 27 octobre 2006

Journal. Le saut de l'ange.

A l'instar de Mathilde, Scarla est revenue ! Avec la même indifférence et nonchalance que lorsqu'elle m'eut quitté au bas de l'immeuble des jours plus tôt, comme si son absence n'avait duré que quelques heures.
Enfin... je n'ai plus à souffrir les affres de la mère Michel, c'est déjà ça.
Ceci dit, autre sujet, un drame.
 
De là où je viens et où il me pèse de rester, du haut du beffroi, un homme de 35 ans s'est jeté, hier matin.
Les circonstances exactes de son suicide demeurent encore inconnues, on le savait dépressif et soigné en tant que tel. Le reste est broderie. Un entrelacs méticuleux, véritable travail d'orfèvre, de suppositions, de probabilités et conjectures... Chacun ira de sa petite histoire, du témoin des faits à celui qui ne le fut pas mais qui en sait long cependant, chacun relaiera l'horreur en l'amplifiant de sorte à se rassurer sur son propre sort : quel délectable vertige ( le terme est approprié ), que de reconnaître qu'il est de plus belle horreur que la sienne !
En cela mon vertige est d'autant plus grand qu'il se voit doublé par une curiosité morbide ; je voudrais savoir au-delà des raisons qui l'ont poussé à s'anéantir, en amont de la tragédie elle même, tout ce qu'il à fait. Cette furieuse envie de mourir, datait-elle ? L'a-t-elle happé seulement au levé ou plus tard dans la matinée ?
Comment était-il vêtu ? Endimanché, comme lors d'une grande occasion, ou s'était-il affublé des premières fripes qui lui étaient tombées sous la main ?
Et les rues ? Quelles rues a-t-il empruntées ? Celle dont il avait l'habitude ou s'est-il choisi un autre itinéraire plus long, plus court, afin de ressasser longuement sa funeste intention ou justement l'empêcher de virer en velléité ?
Qu'avait-il dans la tête tandis qu'il approchait de l'édifice, tandis qu'il pénétrait dans l'édifice, tandis qu'il y achetait son billet d'entrée, tandis qu'il montait les marches tortueuses de l'édifice, tandis qu'il atteignait le premier niveau de l'édifice, ensuite le second, tandis qu'il en franchissait le seuil et marchait droit devant, un peu plus prés des cieux, à trente mètres du sol ? Et juste avant d'enjamber la balustrade, avant et pendant qu'il plongeait dans le vide, avant de mourir ?
Ainsi offert aux airs, a-t-il virevolté imperceptiblement ? Et si ce n'était que ça son désespoir, l'air ?  Trop d'air dans la tête, dans le coeur et les poumons, trop de vide ! Et si bien avant de s'écraser en une impitoyable bouillie contre le pavé, il était déjà mort de trop d'air ? Tout cet air emprisonné dedans, soudain compressé, broyé par l'air dehors, au point que les poumons explosent, le coeur lâche et le cerveau éclate.
Il ne volera l'air de personne maintenant. On ne sait rien de lui ou pas  grand chose. Il aura peut-être gagné la déférence du souvenir, quand des guides touristiques, à la saison prochaine relateront les faits aux touristes d'un jour qui jaugeront  la hauteur du monument avec un maigre effroi ; quand d'aucuns qui furent aux premières loges, passionneront leur auditoire lors de dîner en famille, en narrant fièrement qu'ils furent, avant même les secours, sur les lieux du drame. Quand enfin quelqu'un par hasard lèvera les yeux au ciel et réprimera, au regard de l'édifice, un frisson.