vendredi, 15 août 2014

Fenêtre aveugle sur cour murée.

Il y a un nombre de faits marquants que je n'ai jamais réussi à traiter. Bridé par une négligence légitime, que l'on pourrait tout aussi bien nommer pudeur, ou incapacité : l'impact désintègre mes mots.

Si je parviens à écrire dans l'urgence, il m'est impossible de relater sous une trop vive émotion. J'ai besoin de digestion, probablement parce que c'est dans une forme de détachement que je trouve mon aisance.

Il n'en demeure pas moins que le ressenti est intact, même si je le consigne une fois que j'en ai fait le tour.

Il y va de cette tare quand il s'agit de la mort d'intimes.

J'avais autrefois un ami, à qui il fut donné de vivre un sort professionnel similaire au mien – autrement dit brimant -et, en parallèle, un sort intime qu'il ne m'est permis de juger sans en connaître tous les ressors, mais qui au premier regard m’apparaît comme empreint de non-dits fatidiques.

Un soir d'ivresse, il avait déclaré facétieux : « Si un jour elle et moi on se quitte, toi et moi on se mettra ensemble... »

Une perspective que je ne concevais pas à l'époque, aveuglé par quelque idéal.

Au pire de nos traversées, s'il cherchait réconfort à mes cotés, je ne lui rendis jamais la pareille. De nature peu plaintive et davantage mutique, je me refuse toujours à emmerder mon monde avec mes problèmes.

Je suis un con pudibond.

J'ignore si un jour, il à pu considérer ma réserve comme une sorte de... divorce.

La dernière fois où nous nous sommes vus, il était au plus mal. J'ai raté le coche : j'ai manqué de le rassurer, l’exhortant plutôt à réagir pour vaincre ses maux assassins.

Je n'ai pas appréhendé un instant, quelle solution radicale cheminait déjà dans son esprit.

Quelques mois plus tard il choisit sa manière de triompher de ses démons... en allant les rejoindre.

Il ne se passe pas un jour, sans que je ne pense à lui.

17:12 Écrit par SOUS X dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : écriture, désespoir, suicide

Commentaires

Il n'est pas certain que vous auriez pu empêcher quoi que ce soit... vous ne l'oubliez pas, c'est sans doute ce qu'il aurait voulu .

Écrit par : May | dimanche, 26 octobre 2014

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.