mercredi, 16 novembre 2011

Comico-pathétique.

On sonne.

Ben oui, ça arrive des fois. Et au retentissement je devine souvent qui se tient derrière la porte.

Cette fois il m'est inconnu : je jette un oeil par la fenêtre et aperçois un jeune homme genre perche, aux cheveux noirs hirsutes, qui trépigne.

J'ouvre.

Politesse d'usage et objet de la visite : adhésion à une célèbre boutique de livres en tous genres ou en tout genre puisque l'Académie n'a pas encore tranché.

Comme il grelotte sur mon seuil et que le chauffage est précieux, je l'invite à entrer.

Il s'exécute, commence à m'interroger sur mes lectures et mes passions, citant les plus communes qui n'ont aucune grâce à mes yeux, puis soudain s'excuse : "Oh ! Pardonnez-moi, j'arrive au mauvais moment."

Je le regarde perplexe.

Et d'un mouvement du chef il désigne mon pc devant lui : effectivement sur mon écran deux mâles sont en train de croiser le fer. Un site sur lequel je viens de zapper sans arrière pensée (pour une fois), car j'avoue que durant mes longues soirées d'hiver je ne fais pas qu'y passer... chacun fait comme il peut.

Le voici tout confondu et moi un brin : "Non, non, du tout, c'est sans intérêt."

J'allume une clope, lui en propose une qu'il accepte sans hésiter et me demande la permission de s'asseoir. Parce qu'en plus je manque à tous mes devoirs.

Il me déballe ses arguments... de vente, de vente bien sûr. Une jolie petite leçon éculée qu'il a apprise par coeur et que je n'entends que d'une oreille, complètement à l'ouest comme à l'accoutumée.

Le coup de fil d'un collègue l'interrompt dans sa récitation, et en cloturant l'appel il remarque sur ma table des mèches allume-mazout.

- C'est du papier d'Arménie ?

- Hein ?

- Oui du papier d'Arménie, ce sont des bâtonnets d'encens pour parfumer une pièce.

Et moi de répondre largué : " Euh non enfin peut-être, j'en sais rien mais ce truc là, ça sert à rallumer le poêle."

Il ravale sa salive.

- Pourquoi, dis-je, vous êtes Arménien ?

- Non, Italien.

Ah, oui, pas vraiment dans le même coin.

Il reprend son monologue commercial et s'enquiert de ma profession.

- Je fais ça, pour le moment...

- Ah bon, pourquoi pour le moment ?

- Parce que je change souvent.

- Et vous vous orientez vers quoi ?

Je ne m'oriente pas moi, je n'ai cesse de m'égarer.

J'explique mon parcours, il m'explique le sien, fouillant méthodiquement sa paperasse. Puis lance dans un sourire plein de malice dans ma direction : "Je vois que vous êtes entouré de jolies filles !"

Je scrute comme un con autour de moi, traversé par la fulgurante autant que plaisante idée, que je suis ici en présence d'un spirite qui décèle à mes côtés, quelques àmes en peine à fortes connotations féminines.

Rien de tout cela, il vient de lorgner sur le magazine de charme tout aussi célèbre que la boutique de livres qu'il représente, qui a échoué sur mon canapé avec à sa barre des demoiselles de petite vertue.

- Oh, ça ! je m'étonne ; j'y achète parfois des vêtements, notamment le pantalon que je porte, pour le reste je n'en ai pas besoin, je m'approvisionne directement chez un ami qui a sa propre société, c'est plus simple.

Là, il glousse.

- Je m'excuse encore d'être arrivé au mauvais moment, répète-t'il, gêné plus encore que la première fois.

Non mais c'est bon, c'est pas comme si je jouais avec mon bibelot devant le pc, pas à cette heure là, (15h, heure d'hiver), j'ai des principes.

Il enchaine par pure conscience professionnelle, car j'ai l'instinct qu'il lui tarde de partir, en m'obligeant à récapituler tout ce dont il vient de m'instruire : j'en suis incapable, à chacune de ses questions, j'ai tout faux. Il reprend, mais par méthode accélérée cette fois, et je m'en sors avec un huit sur dix. Uniquement au cas ou sa société prendrait contact avec moi pour s'assurer qu'il ait bien fait son travail.

Convaincu pour sa part que c'est le cas, et de toutes façons sur la défensive, il décide de prendre congé. Je le raccompagne et il se jette dans la rue à la recherche de son collègue... absent.

Je le suis, intrigué par son désarroi : "il est là ?"

Il fait volte-face en réussissant dans la foulée un bond en arrière. Bravo ! Belle cabriole.

- Euh, non... bafouille-t'il, mais je vais le trouver, ça ira.

Je ris sous cape : Il a cru que j'allais lui sauter dessus. Comique.

Cependant en y réfléchissant l'instant suivant, à l'idée qu'il m'ait pris peut-être pour l'obsédé, voire le dépavré du village, subitement, je me suis trouvé pathétique.

 

23:56 Écrit par SOUS X dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

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